Des murs éclatés pour protéger le patrimoine moderne

L’espace intérieur de l’Église Sainte-Germaine-Cousin vient tout juste d’être complété et attendez-vous à une grande surprise! En effet, pour accueillir un nouveau CPE et une salle polyvalente, il fallait complètement reconfigurer l’espace de la nef. Cependant, la transformation d’un tel espace est une opération délicate et représente un défi de conception. Nous vous proposons donc un petit retour en arrière pour expliquer les origines de l’aménagement intérieur.

Contexte général

Au cours des années 1960, l’architecture connaît un renouveau au Québec avec l’émergence du mouvement moderne et les avancées majeures dans les méthodes de construction. De nombreux lieux de culte construits à cette époque sont érigés selon les principes définis par le modernisme et tranchent avec leurs prédécesseurs. Désormais, l’ornementation occupe une place secondaire dans l’architecture du bâtiment et c’est la forme du bâti qui appelle au recueillement. Ces églises prennent des formes épurées, abstraites et imposent le respect par leur monumentalité. Les percées lumineuses sollicitent la piété et confèrent un caractère sacré.

Exemples d’églises modernes québécoises

Contrairement aux églises plus anciennes, il est impossible dans le cas d’une église moderne de mettre en valeur son ornementation liturgique pour conserver sa valeur patrimoniale. Au contraire, il faut plutôt protéger la simplicité du geste architecturale, l’ouverture de l’espace et la luminosité. Dans le contexte d’une conversion, l’immense volume de la nef représente à la fois un avantage et une contrainte, car peu d’usages peuvent tirer profit d’un si grand vide et il faut à tout prix éviter les subdivisions. En contrepartie, comme beaucoup d’autres projets de conversion d’édifices religieux l’ont démontré, ces espaces offrent des lieux spectaculaires.  La bibliothèque Monique-Corriveau à Québec en est un exemple, malgré le fait que l’espace a été subdivisé par des paliers.

La nature même des nouvelles activités de l’église, soit un CPE et une salle communautaire, implique certaines restrictions majeures. Peu de gens le réalisent, mais un CPE nécessite beaucoup de cloisons! En effet, chaque aire de jeux peut accueillir un maximum de 8 à 10 enfants et doit être fenestrée et entièrement cloisonnée. Il faut ajouter à cela les locaux pour les bureaux, les aires de dîner, les salles de bain, etc. Dans le cas d’un CPE de 60 places, ces restrictions impliquent la construction d’une vingtaine de locaux fermés, alors que l’église doit demeurer la plus ouverte possible pour des raisons patrimoniales. En plus, pour avoir des fenêtres dans chaque aire de jeu, il était nécessaire de construire le CPE le long des murs de côté de l’église, laissant un grand vide en son centre (voir le plan ci-dessous).

Plan préliminaire cpe flute enchantée

C’est dans ce vide que la salle polyvalente est logée. Cet espace sera utilisé par les résidents des Habitations Sainte-Germaine-Cousin, mais il pourra également être loué pour des événements de toute nature. Comme l’église est occupée par deux usages distincts, il est nécessaire de les séparer par des murs résistants au feu, donc sans fenêtre. Ces murs méritaient donc une attention particulière pour le réaménagement de l’église.

Des murs vivants et dynamiques

Le concept général de la proposition repose d’abord sur une idée simple : construire des murs qui seront en mesure de dialoguer avec la forme de l’église Sainte-Germaine-Cousin. C’est ainsi que des pans de murs en angle ont été conçus, avec cependant une petite touche plus contemporaine. L’intervention visait à conférer un peu plus de chaleur et de dynamisme au lieu tout en surprenant le visiteur. L’aménagement intérieur se voulait aussi à l’image du CPE, c’est-à-dire un lieu dynamique et accueillant. Les couloirs ne pouvaient pas simplement être rectilignes; ils devaient être énergiques et colorés. Les architectes se sont d’ailleurs inspirés des garderies innovantes construites un peu partout dans le monde pour concevoir le CPE.

Maquette conceptuelle

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La conception de la forme finale a été longue et ardue pour les architectes. Évidemment, les angles des pans de murs ont été déterminés pour assurer un résultat final esthétique. Pour y arriver, plusieurs ajustements ont été apportés à chaque pan de mur. Une modélisation 3D de la nef a permis de voir rapidement l’impact de chaque changement.

Visiter la maquette 3D en cliquant sur l’image suivante

Visuler l'esquisse 3D

Une maquette a même été réalisée pour valider certaines options d’aménagement et les présenter au conseil d’administration. La palette de couleurs choisie reflète l’intention des architectes de créer un lieu dynamique respectueux de l’histoire du bâtiment.  Elle vous sera dévoilée lors de l’inauguration de l’immeuble le 14 décembre.

Finalement, l’installation de murs en angle représente un défi supplémentaire lors de l’installation. Fort heureusement, le poseur de colombage et de gypse qui a travaillé sur le projet était en mesure d’installer les pans de murs en comprenant leur agencement dans les trois dimensions, ce qui est loin d’être évident.

Test pour l’agencement des couleurs

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Conclusion

La décision d’opter pour des murs plus complexes implique nécessairement des coûts et des efforts supplémentaires. Le conseil d’administration de la Corporation Mainbourg a d’ailleurs eu le courage de prendre cette décision pour créer un lieu chaleureux, dynamique et attractif. Après tout, l’ambition est de créer la salle de réunion la plus populaire de l’est de Montréal! Ces coûts sont d’ailleurs associés indirectement à la question de la protection du patrimoine. Alors que certains n’hésiteraient pas à dépenser un peu plus pour protéger un orgue ou des confessionnaux, il faut souligner l’audace de la Corporation Mainbourg qui a décidé d’investir un peu plus pour protéger l’esprit d’un joyau du patrimoine moderne québécois.

L’église : les travaux se poursuivent

Maintenant que les premiers résidants des Habitations Sainte-Germaine-Cousin sont arrivés, vous vous demandez sans doute ce qu’il advient de l’église. Après tout, elle occupe une place centrale sur le site et elle est la raison même du projet! Les travaux de restauration de l’église ont commencé en janvier 2015. Cependant, ils ont été légèrement ralentis en raison de certains défis rencontrés pour préserver les caractéristiques patrimoniales du bâtiment.

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Tout d’abord, il a été nécessaire d’innover afin de trouver un nouvel isolant qui peut remplacer efficacement l’amiante. Le choix s’est finalement arrêté sur le produit AD Fire, un produit qui est à la fois isolant, incombustible et d’une apparence similaire à l’amiante. Une fois haché finement, le produit est installé de manière à réduire les aspérités et les inégalités et il est peinturé en blanc. Ce procédé a été spécialement mis au point pour l’église et plusieurs tests ont dû être effectués afin d’obtenir un résultat final satisfaisant. Toutefois, le jeu en valait la chandelle, car l’intérieur du bâtiment a retrouvé son apparence d’origine.

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Plusieurs regretteront sans doute les zébrures sur le plafond, qui ont été recouvertes par le nouvel isolant. Les marques de colles donnaient une apparence unique à l’église et témoignaient de l’évolution du bâtiment. Malheureusement, il était nécessaire de les recouvrir pour isoler le bâtiment. Autrement, les performances énergétiques du bâtiment auraient été trop faibles et les frais de chauffage auraient atteint des sommets astronomiques lors de nos hivers rigoureux. En plus, sans isolant, il y aurait eu de la condensation sur les plafonds, ce qui aurait pu entraîner de la moisissure.

Une autre modification majeure au projet initial a été l’abandon des planchers techniques. Rappelons qu’un plancher technique devait être installé pour que les éléments mécaniques (électricité, plomberie, aération, câblage) soient cachés sous celui-ci. De cette manière, il n’est pas nécessaire de construire de plafonds et de compromettre ainsi les qualités architecturales d’origines du bâtiment. Pour des raisons budgétaires, il a plutôt été décidé de construire une dalle sur sol et d’enfouir les éléments mécaniques dans des tranchées. Évidemment, un plancher technique a l’avantage d’être beaucoup plus évolutif, car il est possible d’accéder aux éléments mécaniques en tout temps. Il s’agissait toutefois d’une concession raisonnable, car le CPE devrait occuper l’église pour de nombreuses années encore.

Aussi, les travaux de l’église Sainte-Germaine-Cousin vont bon train, malgré quelques retards. Maintenant que les fenêtres sont posées, que l’isolant est installé et que le plancher est terminé, les ouvriers s’affairent à ériger les cloisons intérieures… mais ce sera le sujet d’un autre article.

Que se passe-t-il avec l’église ?

Les travaux de désamiantage terminés, il est temps de passer à une autre étape de la transformation de l’église Sainte-Germaine en centre de la petite enfance (CPE). Avant d’entamer les travaux dans le bâtiment, il importe de bien les planifier. En ce sens, les dessins d’exécution sont en développement en collaboration avec les ingénieurs. Ces plans sont finaux et illustrent l’ensemble des travaux à être réalisés par l’entrepreneur. Cette étape de planification des travaux permet à l’architecte de coordonner ce qui a trait à la mécanique du bâtiment (ventilation, plomberie, électricité, chauffage, etc.) avec l’architecture afin d’obtenir un résultat qui est à la fois beau et fonctionnel.

Un plancher pas comme les autres

Il y deux défis principaux sur lesquels planchent les professionnels de l’aménagement.

Le premier défi porte sur le nouveau plancher technique qui sera ajouté dans l’église. Ce type de plancher est légèrement surélevé afin d’insérer, par exemple, la ventilation, la plomberie et le réseau électrique. Cette façon de faire permet de ne pas encombrer le toit et de ne pas cacher les formes intéressantes que possède le bâtiment. Ainsi, à l’exception de l’éclairage au-dessus des aires de jeu qui sera installé sur une retombée centrale, tous les autres éléments mécaniques se trouveront sous les pieds des usagers.

Le second défi réside dans la façon de bien agencer les divisions du CPE aux murs existants qui sont à la fois très hauts et de forme convexe. La forme inhabituelle des lieux, malgré les contraintes qu’elle amène, donnera au final, un résultat très intéressant sur le plan architectural. Ainsi, les 80 enfants du CPE auront la chance de profiter d’un environnement original pour s’épanouir.

Les travaux d’aménagement à l’intérieur de l’église débuteront par la construction du plancher technique, au mois de novembre prochain. Pendant ce temps, les travaux sur le bâtiment principal se poursuivent.

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La fin approche !

Du côté des habitations Sainte-Germaine-Cousin, l’échéancier tient toujours la route. Ainsi, l’extérieur est terminé à 95 %. Il reste seulement à installer un peu de briques et de revêtement métallique.

À l’intérieur, 86 % des travaux sont complétés. La moitié des logements ont été inspectés par des professionnels, afin d’identifier les déficiences. Cette étape du processus est cruciale, car elle permet de voir si la construction et l’installation de chacun des éléments qui composent le bâtiment sont conformes à ce qui était indiqué sur les plans. Du même coup, cela permet à l’architecte de livrer un produit abouti et satisfaisant.

Il reste encore deux mois avant de terminer les travaux sur ce bâtiment. Signe que la fin approche, certains murs ont même déjà reçu un coup de pinceau.

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Petit retour en arrière : le désamiantage de l’église

L’amiante : un produit très présent au Québec

Lors de la construction de l’église en 1960, l’amiante connaissait son heure de gloire. À l’époque, elle était perçue comme un matériau pratiquement « parfait » en raison de ses propriétés exceptionnelles, dont sa résistance à la chaleur et au feu, son inertie chimique, sa résistance mécanique et son imputrescibilité (non pourrissable). De plus, l’amiante peut servir de liant dans le béton, le crépi ou les joints de gypse et elle accélère le séchage des composantes. Ainsi, cette roche fibreuse peut avoir été utilisée dans le plâtre, le mortier de briques, les panneaux de revêtement, le toit, la fondation, les revêtements calorifuges, etc.

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Aram Dulyan : http://goo.gl/072cag

Dans les années 1920-1930, en raison des coûts élevés de la ressource, l’amiante était utilisé pratiquement que dans les maisons bourgeoises. Pour cette raison, on en retrouve peu dans les « plex » ouvriers de Montréal, mais beaucoup dans les demeures luxueuses d’Outremont. Graduellement, jusqu’aux années 1960, les coûts de l’amiante diminuent et son utilisation se repend à pratiquement tous les bâtiments.

Au fil du temps, de plus en plus d’études ont démontré que l’amiante représente un danger pour la santé et qu’elle peut être associée à grand nombre de maladies pulmonaires. Plusieurs pays emboîtent le pas dans les années 1990 et proscrivent l’emploi de l’amiante. Depuis 1990, le règlement sur la santé et la sécurité du travail du Québec interdit, sauf dans des situations exceptionnelles, l’utilisation de l’amosite dans le milieu de la construction.

Présence d’amiante dans l’église Saint-Germaine-Cousin : un choix s’impose

En 2005, l’église Sainte-Germaine-Cousin doit fermer en raison de l’identification de la présence d’amiante. Comme l’indique l’étude d’intérêt patrimoniale, le Limpet, un isolant d’amiante-ciment projeté, a été appliqué « sur toutes les surfaces de béton intérieur, y compris le plafond du corridor vitré menant au presbytère. Cet enduit fut probablement appliqué pour des fins de résistance thermique ou acoustique puisque le béton coulé brut possède une faible résistance thermique et une infime absorption phonique ».

Deux options étaient alors envisageables pour l’avenir du site :

Désamianter et démolir l’église

Transformer l’église

Désamiantage et démolition : 300 000 $
Désamianter l’église : 400 000 $
Rénovation de l’église : 1 000 000 $ (sans aménagement)
L’amiante doit obligatoirement aller dans un site d’enfouissement particulier. Il est donc nécessaire de désamianter le bâtiment avant de procéder à sa démolition. Ainsi, il est possible d’envoyer le béton et les autres débris dans un site d’enfouissement régulier.
Le redéveloppement du site est beaucoup plus simple, car le terrain devient vacant et peut être facilement transformé. Cependant,
un immeuble d’intérêt architectural est démoli.
Le montage du projet devient particulièrement complexe, car il est affecté par une sorte d’« hypothèque patrimoniale ».
 Les enveloppes dédiées au développement de projet de logement social et communautaire ne servent pas à éponger les surcoûts associés à la protection du patrimoine bâti.

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Le retrait de l’amiante

En 2005, la Fabrique de la paroisse dépose un projet de démolition afin de procéder à la mise en vente du terrain. Déjà un projet de logement social et communautaire était en cours de développement. Cependant, le Conseil du patrimoine de Montréal s’est opposé à la démolition de l’église. À partir de ce moment, les partenaires du projet ont été forcés de composer avec le désamiantage et la transformation de l’église ainsi que les coûts substantiels associés à ces opérations.

En désamiantage, il y a trois niveaux de risque lié à la contamination d’un bâtiment

  • Risque léger : 1 pied cube de produits contenant de l’amiante
  • Risque modéré : 1 à 10 pieds cubes de produits contenant de l’amiante
  • Risque élevé : 10 pieds cubes et plus de produits contenant de l’amiante.

Les travaux à réaliser pour la transformation de l’église Sainte-Germaine-Cousin étaient bien évidemment évalués à un risque élevé. Des mesures de protection du milieu de travail sont associées à chacun de ces niveaux de contamination. Pour un niveau de risque élevé, il est notamment nécessaire de cloisonner l’espace, d’assurer la ventilation du chantier, d’installer des douches et des casiers. En plus, les ouvriers doivent porter des masques ainsi que des habits spéciaux.
Pour retirer l’amiante, les ouvriers ont dû gratter manuellement les surfaces contaminées et utiliser des jets d’eau. À la fin des travaux, les tests d’airs ont conclu que le désamiantage avait été un succès.

Aujourd’hui, les traces laissées par le désamiantage de l’église Sainte-Germaine-Cousin sont encore très visibles. Par exemple, lors de la construction de l’église, l’amiante avait été taloché sur la surface des plafonds et collé avec de l’asphalte. En retirant l’amiante, les traces de colles ont fait apparaître des zébrures noires sur le plafond de béton. Au cours des travaux, on a également découvert que les fenêtres étaient contaminées à l’amiante et qu’il était nécessaire de les retirer. Ceci explique pourquoi les grandes ouvertures de l’église sont aujourd’hui béantes.

Vous pouvez d’ailleurs observer vous-même l’état de l’église suite aux travaux de désamiantage en cliquant ICI!

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Le désamiantage de l’église Sainte-Germaine-Cousin a donc représenté un défi considérable, car les coûts associés à la préservation du bâtiment ont complexifié le financement du projet. Toutefois, le succès de l’opération a permis de protéger un bâtiment exceptionnel de grande valeur patrimoniale.